L'Irréalité

mercredi 14 janvier 2032

Thématique : Des applications pour mettre la ville au mode campagne.

par Anne-Caroline Paucot


Savez-vous planter des choux à la mode augmentée

Mathilde Temps installe des gardiNets chez les particuliers ou dans les entreprises. Les lopins de terre qu’elle diffuse à ses clients se trouvent aux quatre coins du monde.


Tablier en toile, fichu, sabots… Mathilde Temps porte la panoplie du parfait petit jardinier d’antan : « Le costume, c’est pour mes clients. Ils ne sont pas encore habitués au jardinage à distance », dit-elle avant d‘évoquer sa passion pour les plantes : « Chez nous, la main verte fait partie des gênes. Ma grand-mère pensait que seuls les assassins en herbe n’aiment pas le jardinage. Pour autant, je n’aurais jamais cru pouvoir vivre de ma passion lorsque je me suis installée au 14 étage de cette tour. »


Depuis douze ans, Mathilde pratique l’holéoculture ou la diffusion virtuelle de jardins à des particuliers et des entreprises : « Mes clients s’abonnent à un ou plusieurs jardins. Quand ils ouvrent leur fenêtre ou cliquent sur une porte, ils se promènent dans un paradis situé à des milliers de kilomètres. »


Si l’illusion est parfaite aujourd’hui, ce n’a pas toujours été le cas : « Quand j’ai commencé, on collait un filtre intelligent sur une fenêtre de l’appartement. Le locataire cliquait et voyait le jardin potager du toit de son immeuble. L’image 3D était rudimentaire. Le jardin, filmé par une unique caméra 3D, semblait flotter dans l’air et il n’interagissait pas avec les mouvements », dit-elle avant de transformer l’appartement en champ de blé : « Vous voyez maintenant les herbes s’écrasent quand on marche et entend le bruit de nos pas », dit-elle en précisant que les gardiNets haut de gamme proposent une diffusion d’odeurs garanties 100% imitation naturelle.


Mathilde entretient ses jardins à distance. Quand elle prend un arrosoir virtuel pour arroser les plantes ou une binette pour enlever les mauvaises herbes, un robot effectue les mouvements. « L’illusion est telle que quand je parle à mes plantes, j’ai vraiment l’impression qu’elles m’entendent», précise-t-elle. Si 30 % de ses clients ont pris l’option entretien du jardin, elle ne craint pas pour autant leurs erreurs : « Quand ils pratiquent une manœuvre délicate, le robot m’avertit et je peux discuter avec le client. »


Ce système lui permet d’avoir des jardins aux quatre coins du monde. Ses fiertés sont un petit lopin de terre dans la forêt amazonienne et un autre au Groenland. Ce sont au demeurant ceux qu’affectionnent le plus ses clients : « Les jardins de l’extrême leur donnent l’impression que la planète ne va pas si mal», ajoute-t-elle en précisant que, selon elle, redonner le goût de la nature à des citadins, ne peut que faire du bien à la planète.


Jardins d’ici

par Anne-Caroline Paucot


Jardilien, le réseau social du jardinage, exploite de manière collaborative 125 toitagers destinés à nourrir les plus démunis. Les jardins sont en accès libre sur un vaste potager numérique. Les toitagers n’étant pas équipés de robots, plus de 1000 jardiniers amateurs les surveillent et se rendent sur les toits pour les entretenir. La production alimente des restaurants solidaires.

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