Minorités linguistiques

Dans le cadre du cours de HSE 4M : Gabrielle Chénard

Tout d'abord, qu'est-ce qu'une minorité linguistique?

Premièrement, puisque l'« on associe le terme minorité à l'infériorité numérique » (Leclerc, « L'expansion des langues »), une minorité linguistique, c'est une communauté qui est unie par sa langue de communication mais qui est inférieure au nombre d'une autre communauté, dans son milieu. Une minorité linguistique, c'est une communauté oppressée puisqu'elle peut se faire empêcher de s'exprimer dans ce qui la rend confortable. Puisqu'elle appartient à une différente culture, elle peut être négligée ou peut être très visible, comme le démontre l'image ci-dessous.
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Assimilation

Qu'est-ce que l'assimilation linguistique?

L'assimilation, c'est le « processus par lequel une personne devient semblable aux membres d'un groupe social, d'un peuple. » (Antidote 8 v1) selon le druide informatique Antidote. Plus spécifiquement, l'assimilation linguistique, c'est lorsqu'une communauté liée par la langue abandonne progressivement sa langue pour celle d'une autre communauté. « Les différences linguistiques tendent à persister jusqu'à ce que l'assimilation linguistique ait lieu » (« Racisme culturo-linguistique ») La nouvelle langue pour laquelle elle s'est éprise est habituellement la langue officielle et/ou majoritaire de la région. Lorsque l'on dit vouloir éviter l'assimilation linguistique, on dit que l'on veut éviter de perdre l'entièreté de la langue. Perdre la langue peut aussi signifier perdre la culture et la communauté.

Comment fonctionne l'assmiliation linguistique?

« Pendant une longue période, tant au Canada qu’ailleurs, les majorités ont gouverné en faisant fi des minorités. Des traités sont tombés aux oubliettes, des lois protégeant les minorités ont été abrogées et les promesses étaient faites pour ne pas être tenues. » (Léger, « Règlement XVII: Des excuses « broche à foin » »)


« On peut résumer schématiquement le processus de l'assimilation ou de remplacement de la langue dans l'espace selon quatre étapes. L'assimilation commence avec le bilinguisme systématique de l'élite sociale pendant que la masse demeure unilingue. Puis celle-ci devient progressivement bilingue dans les villes, alors que la population des campagnes reste unilingue. Les villes évoluent ensuite vers un bilinguisme grandissant, tandis que le bilinguisme gagne les zones rurales. Lors de la dernière étape, celles-ci passent massivement à l'unilinguisme tout en ne laissant subsister que quelques îlots bilingues.

Linguistiquement parlant, la langue dominée voit son système phonétique se fondre lentement dans la langue dominante, ses phrases se calquent sur celles de l'autre langue, son lexique est absorbé graduellement. La langue meurt par transformation, absorbée par la langue dominante, et ce, tant dans son système linguistique que dans son statut et dans la réduction de ses locuteurs. » (Leclerc, « La mort des langues »)


« Le processus d'assimilation, prélude à la mort d'une langue, peut s'arrêter en cours d'évolution, mais il faut avouer qu'il s'agit d'un phénomène peu généralisé. La tendance normale est que, une fois le processus de la régression amorcée, la vie d'une langue suit un déclin plus ou moins long avant de s'éteindre définitivement.» (Leclerc, « La mort des langues »)

Depuis quand?

Selon Jacques Leclerc, ça fait depuis au moins 5000 ans que les langues meurent, « la mort des langues n’est pas un phénomène nouveau. » (Leclerc, « La mort des langues »). L'assimilation est encore un phénomène courant puisque selon Jacques Leclerc, « Certains experts prévoient qu’au cours du présent siècle de 50 % à 90 % des langues parlées actuelles disparaîtront, c’est-à-dire de 3000 à 4000 langues. » (Leclerc, « La mort des langues »). Ces langues passent justement par l'assimilation avant de disparaître.

Et les médias dans tout ça?

Les médias jouent un grand rôle dans l'assimilation des minorités linguistiques. La culture américaine dans les médias par exemple, contribue à l'assimilation des autres cultures. « Devant l’impérialisme et l’hégémonie culturels anglo-américains, [les] médias [québécois] sont honteusement serviles et lâchement complaisants, et [les] journalistes [québécois] répètent comme des perroquets la même infopub. » (Brûlé, « Pour ou contre l'impérialisme culturel anglo-américain? ») et le phénomène s'appelle l'américanisation. L'américanisation, c'est « le processus d'un immigrant aux États-Unis de l'Amérique devenant une personne partageant les valeurs, croyances et coutumes américaines et est assimilé à l'intérieur de la société américaine. » (Traduit de Wikipedia, « Americanization (immigration) ») le terme est aussi utilisé pour décrire l'assimilation culturelle qui n'est vécue non seulement par les immigrants, mais la plupart du temps sur la culture québécoise.


Les coutumes perdues, ça veut dire la culture aussi. La culture francophone et toujours la culture américaine comme rivale. « Le regard est d’autant plus inquiet que les modes de consommation culturelle (la musique surtout) de la jeunesse privilégient l’anglais en raison des médias utilisés, que les cibles de fréquentation scolaire en français ne sont pas atteintes, que le taux de rétention des systèmes scolaires francophones publics n’est pas à la hauteur des attentes. » (« Conférence ministérielle sur la francophonie canadienne, La francophonie canadienne: enjeux, défis et pistes pour l'avenir »)

Théories

Oppression

L'anti-oppression est une façon de viser, de pointer l'oppression qui est faite envers certaines personnes, basé sur leur identité et une façon de travailler dans le but de supprimer ce mauvais traitement et la violence envers ce groupe particulier. Les minorités linguistiques peuvent être méprisées et surtout assimilées. On peut les empêcher de s'exprimer ou de se manifester dans leur langue puisqu'elle ne règne pas dans le milieu où ils se situent. Les minorités linguistiques peuvent donc se sentir oppressées.

Antiracisme

Les minorités linguistiques peuvent être victimes de racisme puisqu'elles se font discriminer et qu'il y a des préjugés à leur égard.

Libéralisme

On veut garantir la liberté de pouvoir s'exprimer dans sa langue, sans restrictions ou jugement.

Utopie

Il serait idéal que les minorités linguistiques aient la liberté de s'exprimer dans leur langue sans se faire juger, sans être défini par des stéréotypes et sans restrictions par rapport à son utilisation.

Croyances sociales et culturelles

Discrimination par rapport à la langue?

Un individu peut vivre de la discrimination concernant la façon dont il parle. Le Canada par contre, ne compte pas la langue comme étant motif de discrimination, pour l'instant. C'est dans un sondage en 2014 que l'on a réalisé que la langue ne comptait pas comme motif de discrimination, que ce motif n'était pas une option dans une question concernant la discrimination « Le Commissariat aux langues officielles a expliqué avoir plutôt mis l'accent sur des questions visant l'utilisation de la langue en milieu de travail, dans le Sondage 2014 sur la fonction publique fédérale, plutôt que sur une question précise permettant de savoir si des fonctionnaires sont victimes de discrimination en raison de leur langue maternelle. » (Gaboury, « La « langue » comme motif de discrimination? ») au Canada alors, ce n'est pas prioritaire pour le gouvernement même si dans le sondage de 2014, six répondants ont coché la case « autre » afin d'expliquer qu'ils se font intimider pour leur langue au travail.

Encore une fois, au travail.

Des incidents de discrimination dans le motif de la langue peuvent survenir au travail. En voici un exemple : « Un professeur de droit dit à sa classe que ceux qui parlent anglais avec un accent «étranger» ne font pas de «bons avocats» et ne devraient pas être admis dans les écoles de droit de l'Ontario, occupant ainsi des places qui devraient revenir aux Canadiens. Cette remarque peut suffire en elle-même à empoisonner l'atmosphère pour les étudiants, dans la classe, dont la langue première n'est pas l'anglais, ou ceux dont la langue première est peut-être l'anglais mais qui viennent d'un pays autre que le Canada et parlent l'anglais avec un accent. Elle peut aussi avoir un effet sur les étudiants dont les ancêtres sont venus, par exemple, d'Asie ou d'Afrique parce que ce commentaire cible les nouveaux Canadiens, dont bon nombre émigrent maintenant de ces régions du monde. » (« Motifs de discrimination liés à la langue : ascendance, lieu d'origine, origine ethnique, race »)

L'opinion de l'ancien premier-ministre du Canada, Stephen Harper.

L'ancien premier ministre du Canada, Stephen Harper, croyait, selon un article qu'il a publié dans le Calgary Sun du 6 mai 2001, qu'au Canada, « En tant que religion, le bilinguisme est le Dieu qui a échoué. Ça n'a mené à aucune justice, n'a produit aucune unité et a coûté aux payeurs de taxes canadiens des millions. » (Harper « Canada's not a bilingual country »). Si l'on se fie à ce qu'il croit, il faudrait complètement assimiler les canadiens français afin que l'anglais devienne la seule langue officielle du Canada.

Penser au-délà de la boîte

Sans attachement à sa propre langue, un individu ne comprendra pas nécessairement pourquoi la culture et la langue nous est si importante. Dans l'image ci-dessous se retrouve se que l'on voit de la culture et ce que l'on ne voit pas mais qui se vit.
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Un projet d'envergure

Afin de promouvoir les efforts de leaders franco-ontariens, un certain Marc Keelan-Bishop a créé une campagne de sensibilisation appelée « 400 ans de rebelles francophones en Ontario ». Elle fait réfléchir les individus par rapport à comment eux-mêmes peuvent contribuer à leur communauté et comment ils peuvent aider à éviter de se faire assimiler.


« Ce n’est pas facile de vivre en français en Ontario. Le courant nous tire constamment dans une autre direction. Mais nous avons encore besoin de rebelles! « Appuyer sur le 2 » pour le service en français, c’est un acte de rébellion! Choisir le mode « Français » pour son téléphone, c’est un acte de rébellion! Oser répondre en français à ses amis, c’est un acte de rébellion.
Es-tu rebelle? » (Keelan-Bishop, «400 ans de rebelles franco-ontariens»)


Vous, lecteurs, si vous appartenez à une langue minoritaire dans votre région, êtes-vous rebelles ou vous laissez vous assimiler?

Bibliographie

ANTIDOTE 8 v1. « Assimilation ». Montréal : Les Éditions Québec Amérique inc.

BHATTACHARJEE, Yudhijit. « Why bilinguals are smarter » The New York Times. 2012.

BRÛLÉ, Michel. « Pour ou contre l’impérialisme culturel anglo-américain? ». Le Devoir. 2013.

CASTONGUAY, Charles. L’assimilation linguistique : Mesure et évolution. Québec : Conseil de la langue française. 1994.

COMMISSION ontarienne des droits de la personne. « Motifs de discrimination liés à la langue : ascendance, lieu d'origine, origine ethnique, race ». (Page consultée le 5 avril 2016) http://www.ohrc.on.ca/fr/politique-concernant-la-discrimination-et-la-langue/motifs-de-discrimination-li%C3%A9s-%C3%A0-la-langue-ascendance-lieu-dorigine-origine-ethnique-race

CONFÉRENCE ministérielle sur la francophonie canadienne. « La francophonie canadienne: enjeux, défis et pistes pour l'avenir ». (Page consultée le 5 avril 2016) 2006. http://www.cmfc-mccf.ca/docs/publications/La%20Francophonie%20canadienne%20enjeux,%20d%C3%A9fis%20et%20pistes%20pour%20l'avenir.pdf

CRYSTAL, David. English as a Global Language. Cambridge: Cambridge University Press. 1997

GABOURY, Paul. « La « langue » comme motif de discrimination? ». Le Droit. 29 mai 2015.

GOUVERNEMENT du Canada. « Bref historique de l’accès à la justice en langues officielles ». (Page consultée le 5 avril 2016) http://www.justice.gc.ca/fra/sjc-csj/franc/justice/histo.htmlGOUVERNEMENT du Canada. « État des lieux sur la situation de l'accès à la justice dans les deux langues officielles ». (Page consultée le 5 avril 2016) http://www.justice.gc.ca/fra/pr-rp/sjc-csj/franc/enviro/somm-summ.html

GOUVERNEMENT du Canada. « Loi constitutionnelle de 1982 ». (Page consultée le 4 avril 2016) http://laws-lois.justice.gc.ca/fra/CONST/TexteComplet.html

HARPER, Stephen. « Canada’s not a bilingual country » Toronto Sun. 2011.

IMPÉRATIF français. « Racisme culturo-linguistique ». (Page consultée le 5 avril 2016) http://www.imperatif-francais.org/articles-imperatif-francais/articles-2008/racisme-culturo-linguistique/

KEELAN-BISHOP, Marc. « 400 ans de rebelles franco-ontariens ». (Page consultée le 5 avril 2016) Facebook.

LAGACÉ, Patrick. « Le racisme contre les francophones : So what? ». La Presse. 2011.

LECLERC, Jacques. «L'expansion des langues» dans L'aménagement linguistique dans le monde. (Page consultée le 5 avril 2016) Québec, CEFAN, Université Laval, 20 décembre 2015. http://www.axl.cefan.ulaval.ca/Langues/2vital_expansion.htm

LECLERC, Jacques. «La mort des langues» dans L'aménagement linguistique dans le monde. (Page consultée le 5 avril 2016) Québec, CEFAN, Université Laval, 20 décembre 2015. http://www.axl.cefan.ulaval.ca/Langues/2vital_mortdeslangues.htm

LECLERC, Jacques. «Les minorités linguistiques» dans L'aménagement linguistique dans le monde. (Page consultée le 5 avril 2016) Québec, CEFAN, Université Laval, 20 décembre 2015. http://www.axl.cefan.ulaval.ca/Langues/2vital_lng_minoritaires.htm

LÉGER, Remi. « Règlement XVII : Des excuses « broche à foin » » #ONFR TFO. 27 février 2016. http://www5.tfo.org/onfr/reglement-xvii-des-excuses-broche-a-foin/

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RADIO-Canada. « Rebelles et fiers de l’être : l’histoire franco-ontarienne en images ». (Page consultée le 5 avril 2016) Octobre 2015. http://ici.radio-canada.ca/regions/ontario/2015/10/27/001-affiches-francophonie-400-ans.shtml

WIKIPEDIA. « Americanization (immigration) » (Page consultée le 5 avril 2016). https://en.wikipedia.org/wiki/Americanization_(immigration)


Photos

GREENBERG, Rabbi-Ben. « Between The Parts: The Liminal Space Between Continuity and Assimilation ». (Page consultee le 5 avril 2016) Patheos. http://www.patheos.com/blogs/rabbigreenberg/2014/08/between-the-parts/

OVERBLOG. « Les malentendus inter-culturels entre le Québec et la France ». (Page consultée le 5 avril 2016) http://virginblog.over-blog.com/article-les-malentendus-inter-culturels-entre-le-quebec-et-la-france-115778438.html

SYED, Ayshah. « A lesson of assimilation from Surah al-Kahf ». (Page consultée le 5 avril 2016) Islam21c.com. http://www.islam21c.com/islamic-thought/a-lesson-on-assimilation-from-surah-al-kahf/